Pouvoir faire le deuil de mon utérus 

C’est une période assez particulière en ce mois de novembre où j’ose enfin sortir la tête de l’eau après avoir vécu un raz de marée intérieur ces derniers mois.

Cet été les mauvaises nouvelles se sont accumulées et août avait vraiment un goût amer. J’apprenais en même temps que la récidive de mon endométriose, les cancers des uns et des autres dans ma famille alors j’ai gardé cette nouvelle pour ne pas rajouter du souci mais j’ai craqué fin septembre après avoir reçu un message parlant de miracle avec l’endométriose.

L’IRM de septembre a confirmé sa présence un peu partout (vessie, colon, rectum…) du coup ma gynécologue m’a demandé de reprendre immédiatement un traitement pour pas qu’elle continue sa prolifération mais le progestatif a eu l’effet contraire. Les saignements et douleurs se sont alors amplifiés, le constat que j’avais fait il y a 1 an se confirme : plus aucun traitement ne fonctionne après 20 ans de médication !

Il me reste que la chirurgie comme option. Je m’étais préparée à faire le deuil de mes ovaires déjà avec le chemin du don d’ovocyte et j’imaginais tout simplement qu’en plus d’un bon nettoyage on pouvait me retirer mes ovaires qui me semblaient d’aucune utilité à part me pourrir la vie.

Mais malheureusement ils sont plus utiles que mon utérus qui « sert uniquement à porter la vie ».

Le chirurgien m’a demandé de réfléchir si j’étais vraiment sûre de ne pas vouloir garder mon utérus car une grossesse serait possible après l’opération car selon lui les fausses couches étaient principalement liées à mon endométriose, j’imagine également que l’adényomose qui tapisse joliment mon utérus n’arrange rien.

Je crois immédiatement qu’il pense à une grossesse naturelle (vu les miracles qu’on peut lire sur la toile et les médias) et je souris en lui disant qu’avec une AMH à 0,03 ça me semble difficile mais lui pensait plutôt au don qui n’avait pas tenu jusqu’à présent ses promesses.

Retour à la case départ !!!

D’un seul coup je me suis retrouvée en arrière ne sachant plus vraiment ce que je voulais car ce discours j’aurais tellement voulu l’avoir entendue il y a 5 ans quand après la fausse couche je n’avais qu’une hâte c’était de retrouver cette part de vie plutôt que de cumuler les échecs et la descente aux enfers avec des taux chaotiques.

Mon inconscient s’est mis alors à me torturer les jours suivant en me faisant des films « et si... » puis le corps ma rappelé à la raison avec les règles en discontinue. Les cycles deviennent de plus en plus chaotiques, les douleurs se manifestent maintenant de façon plus persistante me gênant pour marcher et dormir. Je vois régulièrement l’ostéopathe pour me soulager.

Ce désir d’enfant tellement viscéral et presque conditionné par toutes ces années me ferait presque oublier que grâce à cette opération je pourrai peut-être enfin Vivre car ce n’est plus une vie cette endométriose au quotidien que je pensais pouvoir dompter mais qui me paralyse de douleur.

Mais voilà je n’imaginais pas que de devoir dire aurevoir à mon utérus serait si difficile et réveillerait autant mon désir d’être mère et de porter la vie.

Jusqu’à présent je réalise que j’en étais au stade symbolique du deuil d’une vie sans enfant mais là une nouvelle étape est à franchir le deuil concret ne plus pouvoir définitivement porter la vie.

Cela m’a particulièrement remué avec les deuils que nous vivons au sein de ma famille mais cela m’a aussi fait prendre conscience de ma place au sein des vivants. Même si je ne pourrais plus jamais porter la vie, je pourrais peut-être au moins l’insuffler dans le cadre de ma vie professionnelle (la transmission faisant partie de mon quotidien).

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38 commentaires sur “Pouvoir faire le deuil de mon utérus 

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  1. Ton témoignage est fort. Je n’ai pas de mots face à ce que tu vis mais je te souhaite de tout cœur de prendre des forces, et te ressourcer, comme tu le dis si bien, dans cet autre espace de création et de vie qu’est le travail de transmission

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  2. Cela a dû être dur de poser ces mots ici. Encore une fois, merci pour la confiance que tu nous accordes par ton témoignage. Ton recul par rapport à la situation force l’admiration. Je retiens la dernière phrase et je te souhaite d’insuffler de la vie et d’en recevoir en retour. Je t’embrasse 😘

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    1. Cela fait en effet plusieurs semaines que cet article trotte mais que je n’osais le livrer car il était encore trop frais et douloureux. D’être confronté avec la souffrance m’a fait réalisé comme la vie est précieuse et qu’il faut s’accrocher à chaque instant où le bonheur s’invite même si ce n’est pas celui qu’on imaginait. Je t’embrasse

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  3. Chaque deuil est à faire et bien différent… Le deuil de ne pas pouvoir donner la vie est une chose mais le deuil de son utérus, c’est encore autre chose et ça remue encore l’esprit… Je me souviens de ma maman à qui on a enlevé utérus et ovaires à 60 ans et qui m’avait dit : « tu te rends compte… je n’aurai plus d’utérus ! » Sur le moment, ça ne m’avait pas choquée car elle était en âge de ne plus porter d’enfant mais ses paroles me sont revenues souvent…

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    1. C’est dur à tout âge, beaucoup de femmes avec enfants le vivent difficilement alors quand on est sans enfant par circonstances de la vie c’est encore une autre étape à franchir symboliquement pour renoncer définitivement à la maternité. Bises

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  4. je trouve ça terrible de te reparler de grossesse et de don maintenant… après tout ce chemin de deuil que tu as déjà parcouru…
    les « et si » m’ont bouffé la vie, pour moi, me faire enlever l’utérus était un moyen d’arrêter d’y croire de façon définitive, ça m’a fait un bien fou. Je ne vivais pas dans un espoir hypothétique de quelque chose qui ne viendrait peut-être jamais, mais je vivais enfin tout court. La douleur psycho n’était pas liée à la présence ou non de mon utérus, mais à la maladie, au parcours… alors si l’ablation pouvait au moins m’ôter un peu de douleurs physiques, c’était déjà ça… mais tout cela dépend de chacun…
    je pense fort à toi pour ces moments difficiles, j’aimerais que la vie soit plus douce avec vous…
    je t’embrasse bien fort

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    1. Comme chapi chapo, c’est l’espoir (on dit qu’il fait vivre: pas toujours!) qui me gâchait la vie et je n’ose imaginer ton bouleversement dû au discours du médecin. Je me sens tellement bien aujourd’hui, et je te souhaite de trouver le chemin qui te rendra heureuse enfin. Bisous

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      1. C’est en effet un sacré bouleversement car pour le coup je n’avais plus aucun espoir donc cette opération ne me posait pas de souci jusqu’à que je sache qu’elle me permettrait sans hystérectomie d’avoir mes chances. Je suis bien heureuse de te savoir bien, cela me conforte que si je dois faire ce choix je dois le faire en pleine conscience sans le subir. Bises

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    2. Dans mon cas c’est en effet différent car cette opération était juste pour me libérer de l’endométriose car je ne cherchais pas à faire taire les « Et si » car j’étais vraiment sûre que jusqu’à présent je n’avais plus aucune chance. Mais en me reparlant de grossesse cela me fait réaliser que la vie qui s’est arrêté aurait pu être prolongé et cela remue le couteau dans la plaie donc le choix pour ma part est beaucoup plus douloureux à faire que je ne l’imaginais.
      Je t’embrasse aussi bien fort

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  5. Ce que je trouve dingue, c’est cette faculté qu’a la vie à s’acharner parfois à ce point à nous planter des couteaux dans le dos ou à remettre du sel sur des blessures en cours de cicatrisation, alors même qu’on était sur le point de « se poser » enfin, serein, presque confiant… en tout cas abandonnant un peu sa défiance devenue naturelle avec les obstacles infranchissables, les espoirs déçus et les acceptations si difficiles à intégrer. Encore devoir faire ses preuves en « surhumanité », bardel! But you rock, darling! You will survive. We all know that.
    love and peace (p’tain c’est pas trop lui demander à l’autre surfeur là-haut?!!!

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    1. Merci pour ton message et je ne sais pas si je rock mais pour l’instant je roll 😉 J’espère que de ton côté tu arrives à dénouer tous tes nœuds et que tu vas trouver la personne de confiance pour t’épauler.

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  6. Ma belle, je suis désolée de cette souffrance quotidienne qui est la tienne. Et je suis désolée que ce médecin ait fait ressurgir cet espoir à la fois magnifique et terrible. Mais d’un autre côté je me dis que c’est sans doute une bonne chose qu’il t’ait dit ça, au moins c’est un choix délibéré que tu peux faire aujourd’hui, dans un sens ou dans l’autre, en toute connaissance de cause (enfin dans la limite de ce qu’on peut savoir bien sûr… la certitude d’une vie sans enfants, face aux « et si » sans fin…) – ce serait sans doute bien pire encore d’entendre un discours de doc après l’opération disant « mais si on avait fait autrement, vous auriez pu… ». L’histoire et les questionnements sans fin, la vie a parfois un étrange humour.
    Je t’embrasse fort

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    1. Oui c’est exactement ça j’ai un vrai choix à faire dont je n’avais pas mesuré les conséquences car j’étais sûre que c’était sans espoir. C’est loin d’être simple mais une fois que ma décision sera clairement assumée je pourrais avancer et si je passe ce cap difficile je serais peut-être plus en paix. Bises et merci d’être là !

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  7. Douce et courageuse Artemise, je n’imaginais pas à quel point ton endométriose avait envahi de nouveau ton quotidien. J’ai mal pour toi. Et je suis si triste que la douleur physique t’oblige à faire un nouveau deuil. N’y a t il aucune autre alternative ?
    Te garantit on qu’avec cette opération tu seras enfin tranquille et libérée de toute douleur ?
    Je t’envoie de la douceur. Gros bisous

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    1. Pour l’endométriose aucun traitement médical ne fonctionne donc il me reste plus que la chirurgie qui devrait grandement me faciliter la vie vu que les organes sont collés à des endroits bien délicats. Il n’y a malheureusement aucune garantie de rien et l’alternative possible est hystérectomie ou pas, le choix m’appartient. Avec le yoyo de mes ovaires de vieille c’est un vrai bazar donc à moi de voir si je veux mettre un point final à tout ça. Je ne sais pas si je serais enfin tranquille avec cette maladie qui dirige quelque part nos choix et notre vie.
      Merci pour la douceur, je t’embrasse

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    1. Merci Margoublog pour ton message et tes pensées, l’endométriose conditionne parfois nos choix et pouvoir vivre est une vrai liberté qui a peut-être un prix à payer. Je t’embrasse

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  8. Ton témoignage si fort illustre la violence physique et psychologique de cette maladie jusqu’à ce deuil ultime des « et si … ? ». Je te souhaite, comme le dit si bien Chapi, de pouvoir enfin vivre et de profiter des petits et grands moments de la vie sans que la douleur soit en fond d’écran permanent. Je t’embrasse douce Artemise…

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    1. Merci Simone, cette maladie a ce double revers de la souffrance physique et psychologique car pendant longtemps on nous a dit que c’était dans notre tête. Mais là il faut trouver l’équilibre ultime entre le corps et la tête, ce qui est loin d’être aisé quand le passé refait surface.
      Je t’embrasse bien fort ma petite Simone

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  9. Ici aussi il y a eu des deuils… De personnes touchantes appréciées et parties… Je pourrais écrire sur Elle, ma petite collègue…
    Bref la question est d’enlever l utérus ou le garder ? Mais pourquoi ? Le soigner aussi et ce serait la fin des douleurs ?
    La machine qui se remet a penser, les émotions qui ressortent… Ici je garde tout mais je ne suis pas douloureuse c’est toute la différence. Insuffler de l’espoir comme ça… Faudrait connaître l avant… Tu as les centres reference que tu peux contacter pour d’autres avis sur l’endometriose. En fait qu’est ce qui peut arrêter la maladie ?il me semble que c’est la menopause la plupart du temps. Moi je me dis le don serait de nouveau possible apres une opération ? On a le droit aussi de revenir sur ses choix si on en a le courage et si on peut imaginer un éventuel échec qui ne fasse pas ressurgir de si grands moments difficile.

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    1. J’ai eu plusieurs contacts avec des spécialistes mais j’ai confiance en ce chirurgien qui veut être sûr de mon choix pour l’hystérectomie. Il m’a expliqué que les femmes avec endométriose avaient bien plus de chance de faire des fausses couches et mon parcours rempli d’échecs était lié à mon endométriose. L’opération sans hystérectomie me permettrait peut-être à nouveau d’avoir des chances comme les gens « normaux ». Mais cela sous entend reprendre le chemin de la PMA et je n’en ai aucune envie donc le choix m’appartient si je souhaite me débarrasser définitivement de l’endométriose et ne plus avoir ces saignements continus.
      Bises

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  10. Je partage les mots précédemment envoyés, cet espoir si ambivalent, une vie qui tourne autour des « et si… » qu’on en oublie presque de vivre. Plein de pensées ❤

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  11. Je suis désolée de ne pas avoir vu ton article plus tôt… word press ne me prévient plus…
    Je suis sincèrement désolée de toute cette souffrance…
    Prends le temps de réfléchir…
    Je t’embrasse bien fort 😘

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